Peau noire, masques blancs
Hommage à Frantz Fanon pour marquer le 100e anniversaire de sa naissance.
Frantz FANON (1925 – 2025) psychiatre et militant anticolonialiste. Né en Martinique en 1925 et mort à Washington en 1961
Dans son ouvrage « Peau noire, masques blancs » Franz Fanon utilise, dans son texte, des caractères d’espèces animale et végétale. On peut retrouver, par exemple, le crabe-c’est-ma-faute et des termes tels que mue, pseudopodes, caractères appartenant au monde animal ou végétal.
Dans le chapitre, Le Noir et le langage, Frantz Fanon écrit « Et ce n’est pas la peine de venir avec des airs de « crabe-c’est-ma-faute », proclamer qu’il s’agit de sauver l’âme. » page 11 – 12.
Mais qu’est-ce qu’avoir « des airs de crabe-c’est-ma-faute » ?
Mais qu’est-ce qu’avoir « des airs de crabe-c’est-ma-faute » ?
Le crabe Cé ma fot (ou « Cé ma faute », ou « Sé ma fòt » ou « C’est ma faute ») est bien connu en Martinique de son nom d’espèce Uca rapax famille des Ocypodidae. C’est un petit crabe qui forme d’importante colonies sur les bords de la mangrove.
En effet les mâles, plus gros que les femelles, possèdent une pince hypertrophiée, énorme, qu’ils agitent comme s’ils faisaient leur « Mea culpa ». C’est ce geste qui vaut à l’espèce le nom « Sé ma fot » en créole et lui donne « des airs de crabe-c’est-ma-faute », et lui donne aussi le nom de Crabe violoniste car il a l’air de jouer d’un violon.
Dans le même chapitre « Le Noir et le langage », on peut lire : « Le Noir qui pendant quelque temps a vécu en France revient radicalement transformé. Pour nous exprimer génétiquement, nous dirons que son phénotype subit une mue définitive, absolue ». (page 17).
Le terme de « mue » est un processus présent chez le crabe (Crustacés) comme chez tous les Arthropodes.
La mue est chez de nombreuses espèces animale, un phénomène physiologique de renouvellement ponctuel de l’apparence externe, marqué par l’abandon des reliquats de l’ancienne. Le phénotype étant par définition « l’ensemble des caractères observables, apparents d’un individu, d’un organisme dus aux facteurs héréditaires (génotype) et aux modifications apportées par le milieu environnant.
Chez les insectes comme chez les autres arthropodes, la mue est donc le processus de production d’une nouvelle cuticule (la peau) et de la perte de l’ancienne qui va permettre à l’insecte de grandir en taille, d’acquérir de nouveau organe ou de changer de morphologie (la métamorphose). Cela se produit à plusieurs reprises au cours de la croissance de l’animal. (Les reptiles, les oiseaux et les mammifères muent).
Chez les insectes réalisant une métamorphose, celle-ci intervient lors de la dernière mue, ce qui correspond au passage du dernier stade larvaire à l’état adulte, la larve étant très différente de l’adulte.
Le Noir aurait donc subi une véritable métamorphose. Ce terme « mue » résume, en quelque part, le vécu du Noir partit en France et revenu. Franz Fanon écrit :
« le Noir …. revient radicalement transformé ».
Frantz Fanon emploie aussi le terme de « pseudopode » caractéristique de certains organismes.
«…On a bonne conscience quand la réponse arrive sur le même mode (petit-nègre. ) ….. Dans le cas contraire, il faudra rappeler ses pseudopodes et se comporter en homme. Tout l’édifice s’écroule. » page 30. Le terme « pseudopode » est d’origine grecque et signifie « faux pieds » (pseudês, qui signifie « faux », et podos, « pied »)
.Les pseudopodes sont en réalité des extensions ou prolongements du cytoplasme d’une cellule, d’un organisme unicellulaire. Le pseudopode peut changer de forme, bouger, apparaître et disparaître. Ce prolongement est rétractile.
Donc, dit Frantz Fanon « … il faudra rappeler ses pseudopodes ». Il faudra donc revoir la façon de s’adresser au Noir : pas en petit-nègre.
Citation de Frantz FANON
« Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir.” Les Damnés de la terre (Maspero, publié en 1961)
Œuvres majeures de Frantz Fanon
L’an V de la révolution algérienne (Maspero, 1959)
Les Damnés de la terre (Maspero, 1961)
Pour la révolution africaine (Maspero, 1964) son ouvrage posthume
Sociologie d’une révolution Maspero 1968




